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Il faisait àpeinne jour, lorsque mon père et moi, nous partions à notre tour. Papa me devançait, armé de ses deux sagaies et de son couteau de jet, redressé de toute sa modeste taille Moi, je lui emboîtait le pas trottinant et grelottant dans le froid mouillé de l'aube.
Les dernières cases dépassées, la brousse s'étendait de tous côtés, àl'infini, grise, ombreuse, sournoise, animée de bruits et d'ondulations étranges. Pourtant, je ne ressentais aucune peur J'avais conscience d'être en parfaite sécurité car, à chaque pas, j'apercevais la silhouette altière de mon père De tous les hommes, je savais que c'était le plus brave, le plus adroit, Je plus courageux: Tant qu'il serait là, me frayant la piste, je ne craindrais rien de ces grandes bêtes chasseresses que j'imaginais tapi dans l'épaisseur des fourrés. Que l'une d'elles osât seulement sauter sur moi ! Avant même de songer à m'atteindre, elle serait trenspercée avec la sagaie de Rombaye déchiqueté avec ses couteaus de jet! De l'issue de ce combat imaginaire, je ne doutais pas * Non jamais rien ne pourrait faire reculer mon père!
A. BANGUI, Les Ombres de Kôh