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Ma grand-mère jouissait d'un immense prestige parmi les femmes des notables et parmi leurs domestiques. Au yeux de toutes, elle étant la mère du docteur. Elle prodigait sans relâche conseils et remèdes et disposait de drogues pour soigner les yeux irritées, les estomacs dérangés et les dos courbaturée Personne ne se souciait de sa compétence médicale, encore moins de celle de mon oncle. Celui-ci rêvait de devenir un jour médecin. En attendant, il remplissait les fonctions de technicien de laboratoire Oiseuses subtilités. Ne travaillait-il pas à l'hôpital ? Ne portait-il pas, même à la maison une blouse blanche? N'était-il pas le bras grand docteur anglais ? Ma grand-mère ne se privait jamais, aux moments opportuns, de ce prévaloir de tous ses titres, en outre: cela aurait été le comble de l'ingratitude que de mettre en doute la bonté et les connaissances d'une femme qui offrait, sans jamais rien demander en retour, ces conseils et ces remèdes. Grâce à elle on recevait les soins nécessaires sans Se déplacer, sans rendre visite au médecin, sans passer la journée dans Les antichambre de l'hôpital. Mon oncle ne s'interposait pas devant le prestige croissant de sa mère. Au contraire. Souvent, il revenait de l'hôpital chargé de potions et de pilules, dont elle ferait une généreuce distribution.
Naïm Kattan, Adieu, Babylone, Éditions Julliard.